La diaspora vietnamienne de France libère sa créativité

« Il y a dix ans, on avait pas vraiment de référence à qui on pouvait s’identifier », constate Minh Tri Tran Dinh, chef cuisinier, pendant le food talk de l’événement Cam on day, samedi 18 janvier 2025, au Point Ephémère à Paris. Depuis, le vent a tourné et a insufflé avec lui, une énergie créative au sein de la communauté vietnamienne, qui n’attendait qu’à être libérée. 

En France, la diaspora vietnamienne compte près de 300 000 personnes selon l’Insee, principalement issue des vagues de migrations suite aux guerres d’Indochine et du Vietnam.

Artistes, illustrateurs, cuisiniers… Contrairement aux aînés, la jeune génération de cette communauté n’hésitent plus à embrasser des carrières créatives. Au Cam on day, organisé par le collectif Banh Mi, nombre des exposants ont même sauté le pas de la reconversion, s’affranchissant ainsi des biais culturels et sociétaux, qui les destinaient à des parcours classiques. 

Les participants de la diaspora vietnamienne au food talk de l’événement Cam on day, le 18.01.25 au Point Ephémère.

Un déclic existentiel

En parcourant la salle d’exposition du Point Ephémère, où est installé le marché de créateur·ices ainsi qu’un espace restauration, les visiteurs ont pu découvrir le travail du fleuron de la diaspora vietnamienne. Moyenne d’âge des exposants, entre 20 et 40 ans. Cette nouvelle génération de la diaspora contraste avec l’ancienne, en exprimant sa créativité, jusqu’à en faire son métier. Loin des aspirations des anciens, qui prônaient une vie stable, à l’abri de l ‘insécurité financière.

Melody Ung fait partie de cette jeune génération. Installée au fond de la salle d’exposition, la trentenaire, sourire doux au visage, accueille les curieux qui s’attardent sur ses dessins. Illustratrice indépendante depuis quatre ans, elle s’est reconvertie après une école de commerce, et cinq ans en agence de communication, afin de vivre de sa passion.

Pour Melody, une chose était certaine. « Depuis le début, je voulais montrer ce qui me ressemble. Je me suis donc spécialisée dans le style asiatique, dans des thématiques vietnamiennes ».

Melody Ung, illustratrice indépendante, à son stand lors de l’événement Cam on day.  
©Oanh LE

Sa reconversion a été rythmée par plusieurs remises en question, portant sur son identité culturelle et artistique. « Quand j’étais en école d’art, j’étais dans la perspective de réussir rapidement, donc il fallait que je m’adapte au programme et aux attentes. Mais ça ne me plaisait pas. Je me reconvertissais pour que ça me plaise. C’est donc pour ça que je dessine ce que j’aime réellement. Je pensais qu’en me spécialisant, ça me fermerait des portes mais lors de mon premier marché, je me suis rendue compte que ça attirait les gens et qu’ils avaient pas mal de question par rapport à ça », confie-t-elle.

Depuis, Melody Ung a collaboré avec différentes personnalités. Elle a notamment illustré les livres La cuisine vietnamienne illustrée de Nathalie Nguyen et Est-ce que tu as faim ? de Grace Ly. Elle travaille également avec des agences de communication et des associations telles que Banh Mi.

Une identité plurielle, source de création infinie

L’ histoire mouvementée du Vietnam a créé des destins exceptionnels et tragiques. La génération ayant grandit dans l’ Hexagone, s’inspire de cet héritage culturel et familial pour proposer des oeuvres et des produits singuliers.

Zoé Renard, directrice artistique, présente une exposition sur sa quête identitaire en tant qu’adoptée vietnamienne. ©Oanh LE

Zoé Renard, 26 ans, directrice artistique dans la communication, a été adoptée à l’âge de 2 ans. Elle présente au Cam on day, une exposition photo sur son premier voyage au Vietnam intitulé Le premier retour au pays en tant qu’enfant adopté. A travers cette exposition, la jeune femme retrace sa quête identitaire, sans idéalisation et parfois teintée de déception.

 « Contrairement aux autres de la diaspora, je n’ai pas reçu le patrimoine culturel vietnamien. En voulant me rapprocher de mes origines, je ne savais pas à quel modèle me fier. Ce voyage au Vietnam a été un peu particulier car je ne reconnectais pas avec les gens. Le ressenti que j’ai eu c’était plus celui d’une touriste plutôt qu’une vietnamienne qui retourne au pays » , avoue-t-elle. Pour autant, cette première connexion avec son pays natal ne l’empêche pas d’ envisager « d’y retourner pour y vivre quelques années ». 

Zoé a depuis crée un espace d’échange appelé Hybrids où les adoptés et les personnes hybrides peuvent s’exprimer librement, sans jugement.

Si le marché de créateur·ices a mis en avant des parcours éclectiques, l’ identité plurielle de la diaspora vietnamienne s’est particulièrement exprimée lors d’une projection de courts-métrages. Les visiteurs ont ainsi pu découvrir le travail de différents réalisateurs tels que Kenny Kenneth, mettant en scène son père, un boat people, ou encore celui d’ Etienne Truong, eurasien, racontant un lourd secret familial. Ces histoires, jusqu’ici restées silencieuses, ont trouvé dans cette nouvelle génération, des conteurs désireux de les partager avec le monde entier.

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