Avec l’association AIAH, Charlène Mulamba s’engage au service des plus vulnérables

En reprenant l’association fondée par son père, Charlène Mulamba a transformé l’AIAH en un acteur essentiel contre les inégalités en matière de santé. Entre accompagnement, orientation et engagement de terrain, elle raconte sa lutte au quotidien au profit des populations les plus fragiles.

Créée en 2009 par son père, l’Association d’insertion, d’information et d’action humanitaire (Aiah) œuvrait initialement dans le domaine de l’insertion professionnelle des jeunes en difficulté. Mais lorsque ce dernier tombe malade en 2020, l’association se retrouve en suspens. C’est en 2022 que Charlène Mulamba, trentenaire, infirmière depuis près de 20 ans, décide d’en prendre les rênes.

Devenir présidente de l’association et la diriger n’a pas été une évidence pour elle. « Au départ, je n’osais pas. Mon père ne misait pas forcément sur moi pour reprendre l’association parce que mes deux petites sœurs avaient un parcours plus important que le mien, elles avaient plus d’aura que moi, mais j’ai finalement osé », confie-t-elle. Et une fois en poste, elle a dû faire face à des préjugés : « En tant que femme, on ne me donnait pas toujours de crédit. On se demandait si j’avais les épaules, si j’allais réussir. » Pourtant, sa détermination et son expérience dans le milieu médical ont rapidement imposé sa légitimité.

L’association est composée de professionnels engagés : médecins, infirmiers, éducateurs, tous unis par la volonté d’offrir une prise en charge médicale digne et humaine. En deux ans, l’Aiah est passée de trois membres fondateurs à 130 adhérents bénévoles et deux salariés.

Un accompagnement médical pour les plus fragiles

L’Association d’insertion, d’information et d’action humanitaire est engagée dans le processus d’accompagnement des femmes en situation d’itinérance, réfugiées et immigrées dans leur réinsertion sociale et leur autonomie, ainsi que celui des adolescents en décrochage scolaire souffrant de troubles cognitifs.

Aujourd’hui, l’Aiah agit au quotidien pour réduire les inégalités dans l’accès aux soins, en s’adressant en priorité aux personnes migrantes. « Mais je préfère employer le terme de personnes vulnérables ou sensibles parce que nous accompagnons aussi bien des réfugiées politiques que des jeunes filles immigrées qui ont des troubles psychiatriques », précise la présidente. L’association accompagne également les hommes migrants. « Ils ne sont pas exclus mais on en reçoit peu », abonde Charlène. Pour elle, les hommes sont moins visibles parce qu’ils se cachent, se sentant honteux de ne pas réussir seuls ou à protéger leurs familles.

Si le siège social de l’Aiah est basé à Goussainville dans le Val-d’Oise, l’association dispose également de locaux dans le 4e arrondissement de Paris. Ne possédant pas encore l’agrément d’hébergement pour les demandeurs d’asile, « nous faisons surtout de l’accompagnement et de l’orientation. Nous les recevons dans nos locaux, nous les écoutons. Nous évaluons leurs besoins primaires, puis nous les orientons », indique Charlène. Et ces besoins primaires ne sont autres que manger, dormir dans un endroit sécurisé et la fourniture de soins. « C’est vrai que, comme nous n’avons pas de locaux d’hébergement et que le 115 est souvent saturé, nous leur cherchons d’autres structures où ils vont pouvoir dormir. »

Loin de se contenter d’une simple orientation, l’association accompagne physiquement ses bénéficiaires dans leurs démarches médicales et administratives. Un accompagnement essentiel pour cette population fragile souvent confrontée à la barrière de la langue. « On ne se contente pas de leur donner une adresse. Nous les amenons physiquement jusqu’à la structure ou l’hôpital, nous les aidons à comprendre les démarches à faire, à formuler leurs demandes… », précise Charlène.

Aller vers les plus précaires : un engagement de terrain

L’Aiah ne se limite pas à un accueil dans les locaux, elle pratique surtout l’« aller vers », notamment lors de maraudes organisées. Les bénévoles identifient ainsi les personnes en grande précarité et leur apportent une aide immédiate : couvertures, kits d’hygiène, vêtements, avant de les orienter et de les accompagner vers des structures adaptées.

Parmi les enjeux majeurs liés à cette population vulnérable, Charlène pointe les défaillances du système de soins, en particulier lors du débat relatif au projet de loi immigration, en décembre 2023, où il était question de supprimer l’Aide médicale d’État (AME) pour la remplacer par l’Aide médicale d’urgence (AMU). L’aide médicale d’État est un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins. « Cette aide est essentielle pour ces personnes. C’est maintenant que les personnes qui ont des pathologies doivent se faire soigner (maladies chroniques, VIH, traitements quotidiens…) et pas uniquement lorsque c’est urgent », déplore la présidente. « Intégrer une notion d’urgence va saturer les hôpitaux, aggraver les pathologies et engendrer des coûts bien plus élevés », regrette-t-elle.

Si le projet de loi immigration a été adopté par l’Assemblée nationale et le Sénat en commission mixte paritaire fin décembre 2023, le Conseil constitutionnel a été saisi de la conformité des dispositions de la loi aux valeurs de la Constitution. Ce dernier s’est prononcé en avril 2024, estimant que les dispositions relatives à l’AMU étaient contraires à la Constitution française.

Un appel à la solidarité

Pour poursuivre ses actions, l’Aiah repose sur des financements publics et des dons privés. La présidente invite d’ailleurs tous ceux qui souhaitent s’engager à les rejoindre via les réseaux sociaux ou la plateforme HelloAsso. « Toute aide est précieuse, qu’elle soit humaine, matérielle ou financière », souligne-t-elle.

Par ailleurs, l’association tente aujourd’hui de trouver des partenariats afin de développer des actions de sensibilisation notamment en milieu scolaire. « Nous avons des enfants de bénéficiaires de notre association qui sont scolarisés et qui rencontrent des difficultés en matière d’hygiène. Parfois, les mamans ont des retours de la part du personnel enseignant leur indiquant que l’enfant n’a pas dormi durant la sieste obligatoire ou n’a pas déjeuné. Nous souhaitons aider les enseignants à mieux comprendre les difficultés rencontrées par les enfants issus de milieux précaires », explique Charlène. Une démarche essentielle pour garantir une scolarité épanouie à ces jeunes.

Une journée de sensibilisation et de prévention est d’ores et déjà prévue le 6 ou 7 juillet 2025 à Bondy, en Seine-Saint-Denis, en partenariat avec une autre association en charge des personnes migrantes. Lors de cette journée de prévention santé, plusieurs stands seront mis en place : « il y aura des ateliers sur les gestes de premier secours, sur l’importance du dépistage du diabète, on va leur apprendre comment se protéger, comment protéger leurs enfants dans la rue… », conclut la présidente.

Avec l’Aiah, Charlène Mulamba prouve qu’une seule personne peut faire une différence immense. Son message : « Osez, prendre votre place. » Et elle, elle l’a prise, pour le bien des autres.

AIAH – 36 rue Gérard Philippe 95190 Goussainville ou 2 rue Saint-Martin 75004 Paris

Contact : 07 69 50 77 71 ou contact@aiah.fr

Résaux sociaux : Instagram Aiah_asso_monde / Site internet : aiah.fr

Pour adhérer : helloasso.com/associations/aiah

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